22
avr-2014

« PASION VIVIENTE » OU QUAND JESUS SE DONNE EN SPECTACLE

Pour le week-end de Pâques, j’ai oublié quelques heures la douceur des œufs en chocolat pour découvrir la dureté d’un incroyable spectacle qui se déroule chaque année depuis 30 ans dans les rues de la ville espagnole de Castro Urdiales, située à une quinzaine de minutes de Bilbao : « Pasión Viviente ».

Trouver les mots pour relater ce jeu de rôle grandeur nature n’est pas chose facile tellement cette représentation paraît vraisemblable. Chaque année depuis 1984, le jour du Vendredi Saint, l’association culturelle « Pasión Viviente » retrace les dernières heures de vie de Jésus et rejoue toutes les étapes qui ont précédé sa mort. Ce show hors normes fait preuve d’un tel réalisme que je me demande encore dans quel état de santé physique et morale se trouve le personnage principal à l’heure où j’écris ces lignes. A-t-il pu jouer une pièce de théâtre aussi forte que celle-ci sans y perdre quelques plumes ?

5 heures de spectacle, 50 acteurs principaux, 600 figurants

Le scénario, les décors, les costumes… Tout est minutieusement organisé ; Robert Hossein n’a qu’à bien se tenir ! Aucun acte de cette épisode biblique n’est oublié : la cène, les lépreux, la prière dans le jardin des oliviers, la mise en croix, le jugement, le calvaire, la crucifixion. Tout y est ! Si la foule n’était pas si nombreuse, on en oublierait presque que nous sommes en 2014 et qu’il s’agit simplement d’un spectacle.

Parlons-en de la foule. Dès 10 heures du matin, toutes les générations s’agglutinent sur le parvis de l’église et tout au long des barricades qui longent le port pour assister à ce spectacle d’intérêt touristique national qui dure 5 heures et rassemble près de 50 acteurs de premiers plans et plus de 600 figurants. Si cette année, l’édition a pu profiter d’un beau soleil et d’une chaleur acceptable, certaines années, c’est la grêle et le froid qui se sont abattus sur le public fidèle et un Jésus tellement légèrement drapé qu’il lui aura fallu une semaine pour s’en remettre.

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Des scènes d’un réalisme à faire froid dans le dos

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La pendaison de Judas présage de la qualité de la représentation. Si je n’avais pas vu le crochet attaché dans le dos de l’acteur, j’aurai poussé un cri de le croire réellement pendu. Grimpant à un arbre pour se passer en larmes la corde au cou, il n’a pas hésité à sauter dans le vide tel qu’on peut imaginer que l’aurait fait le suicidé. Preuve du réalisme effroyable, après quelques secondes de balancement, des spectateurs se sont sentis obligés d’applaudir pour rappeler qu’il s’agissait d’un spectacle et des mères de cacher les yeux de leurs progénitures.

De cette pièce de théâtre hors du commun, je retiendrai longtemps la scène de la flagellation. Idéalement placée au pied de la pierre qui accueille Jésus, j’assiste médusée à l’apparition de lacérations de sang sur le dos du comédien. Bien évidemment, je sais qu’il s’agit de colorants apposés sur les lanières. Pourtant, je serre les dents à chaque sanglot du Christ. Les coups portés même ramollis sont véridiques et le bourreau joue son rôle à merveille, le sourire vicieux aux lèvres.

COUPS DE FOUETS, CHUTES… RIEN N’EST ÉPARGNÉ AU COMÉDIEN INTERPRÉTANT JÉSUS

Plus tard, détournant mon regard du visage ensanglanté et supplicié de Jésus, ce sont ses mains violacées, harnachées au poteau supérieur de la croix qu’il porte, qui attirent mon attention. Il n’y a pas d’effets spéciaux possibles dans cette constatation. Pas de maquillage pour souligner la mise à mal de la circulation sanguine. Non, aucun doute, Jésus (alias Eduardo San Miguel dans la vie) a les mains qui souffrent. Il souffre !

A aucun moment le comédien ne sera épargné ; les coups de fouets, la couronne d’épine, les chutes sur le pavé avec les deux mains liées au poteau ne lui permettant pas de se rattraper, la marche dans la ville sur plus d’un kilomètre avec la poutre sur les épaules, l’absence d’eau… Même la perversité dans les yeux des bourreaux donne la chair de poule. On se prend au moins une fois à se demander s’il s’agit vraiment d’une pièce de théâtre.

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Le spectacle est intense, l’action parfois difficile à regarder

Et comme pour ajouter encore plus d’authenticité dans le jeu des acteurs, le couple Jésus – Marie est interprété par un véritable couple mère-fils dans la vie. Choix impactant pour l’une des dernières scènes, lorsque le corps du Christ est descendu de la croix à l’aide d’un drap blanc pour être allongé à terre et que Marie, la mère s’approche pleine de chagrin. Un silence pesant s’abat sur la foule, plus de 1000 personnes debout sur l’esplanade de l’Atalaye (représentant le Golgotha) retiennent leur souffle et partagent la souffrance d’une mère perdant son enfant. L’Espagne, tellement joyeuse et bruyante, cède la place au calme et à la désolation.

A peine Jésus installé sur son brancard qui le mènera à la résurrection que rendez-vous est promis de revenir le soutenir l’année prochaine et tenter d’assister à de nouveaux épisodes manqués ce week-end, faute de foule.

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